jeudi 26 mai 2011

26 Mai 1813: Première caisse de prévoyance en faveur des mineurs (ancêtre de la Sécurité Sociale)


La première caisse de sécurité sociale, Louis DUSOULIER, Revue du Souvenir Napoléonien, HS 2, 2009

Réunis à la France depuis 1795, les départements belges contribuèrent de manière significative sous l'Empire au développement de l'économie française, notamment grâce à la production charbonnière.

À titre d'exemple, en 1811, 600 houillères dans les départements de l'Ourthe, de la Meuse Inférieure, de Sambre-et-Meuse et de Jemappes, occupaient 70 000 ouvriers mineurs et produisaient pour cinquante millions de francs de charbon, assurant l'approvisionnement de 30 % du marché français. Rien que dans le département de Jemappes, la production était passée de 884 631 tonnes en 1805 à 1 500 000 tonnes en 1811. Cette productivité était, notamment, le fruit des débuts de l'utilisation d'innovations techniques comme les machines à vapeur et de l'introduction de la législation minière française de 1791 et de 1810. Toutefois, ces améliorations nécessitaient d'énormes investissements que les propriétaires des houillères cherchaient à amortir par la recherche du rendement, en faisant fi des règles de sécurité. Aussi, est-ce avec des outils rudimentaires que les ouvriers mineurs travaillaient dans des conditions très pénibles. À la merci de drames (éboulements, coups de grisou, inondations, silicose et blessures invalidantes), sans aucune assistance caritative à attendre, la misère guettait les mineurs… Entre 1802 et 1813, rien qu'en pays de Liège, plus de 97 accidents miniers eurent lieu pendant la période napoléonienne .



Le chef mineur Goffin



À Liège comme dans sa banlieue, une forte proportion des habitants descendait dans la mine. On était par tradition mineur de père en fils ; hommes, femmes, enfants, travaillaient parfois dans le même « bure » (puits), au point qu'en cas de catastrophe, tout le ménage risquait d'être anéanti. Ainsi, comme la plupart des habitants de la commune liégeoise d'Ans, le chef mineur Hubert Goffin et son fils Mathieu, coiffés d'un chapeau en cuir bouilli et éclairés par un chadelon qu'ils y ont fixé à l'aide de terre glaise, s'échinent-ils à extraire le charbon à l'aide du pic traditionnel (en wallon liégeois : li hav'rèce).

Hubert Goffin descend d'une famille de mineurs où l'on relève déjà un ancêtre patronymique en 1596. Né en 1771, il est le troisième enfant d'un père houilleur et d'une mère « hôtière » (convoyeuse de charbon) [2].

Âgé de 41 ans, ne sachant guère écrire ni lire, s'exprimant davantage en wallon qu'en français, Hubert Goffin était reconnu pour son zèle et son savoir-faire. Meneur d'hommes, il était devenu maître mineur (contremaître) à la mine du Beaujonc exploitée par la Compagnie Colson.



Le charbonnage du Beaujonc



En vertu de la loi de 1810, la Compagnie Colson a obtenu le droit de concession d'exploitation minière que réglemente l'Administration des mines dont les ingénieurs veillent au bon fonctionnement des houillères et aux conditions de travail des mineurs.

La Compagnie Colson exploite alors deux bures à Ans : Triquenotte et Beaujonc qui sont jointifs au voisinage du bure de Marmonster et s'étendent sur 51 ha dans la commune d'Ans, à 3 km à l'ouest de la ville de Liège. Au sein du bure Triquenotte, on atteint successivement les veines du Crusny, du Paxon et du Rosier et, au fond, celle du Pestay, à 123 m sous la surface, où l'extraction avait été abandonnée en 1803. À ces endroits, l'exhaure [3] des eaux souterraines a toujours causé beaucoup de soucis aux exploitants. Ces derniers évacuent les eaux d'infiltration à l'extérieur par épuisement à l'aide de pompes [4].

Les quatre veines de charbon inclinées de 15 à 20° se prolongent sous la concession du Beaujonc. Encore plus profond, à 170 m sous terre, se situe la Grande Veine. C'est à cet endroit qu'Hubert Goffin, en compagnie de son fils Mathieu âgé de 12 ans et de son équipe de 127 mineurs (dont des enfants), travaille d'arrache-pied en ce vendredi 28 février 1812, à 10 heures du matin.



La catastrophe



Soudain, Hubert Goffin s'aperçoit que de l'eau s'échappe de la partie supérieure du puits : la digue du Rosier côté Triquenotte s'est rompue, un torrent de 30 000 m3 d'eau dévale au fond du puits et, enfilant la veine de Pestay, débouche d'une hauteur de 70 m dans les galeries du Beaujonc ! Réalisant immédiatement toute l'étendue du péril, Goffin bat le rappel de son équipe.

Le panier ou « cuffat » destiné à remonter la houille et les mineurs est au fond du bure. Goffin saute dans le panier et y entraîne son fils ainsi que les mineurs qui peuvent y prendre place. Mais ils en descendent aussitôt car Goffin se rend compte qu'il est le seul à pouvoir organiser les secours [5].

À leur place, il fait monter dans le cuffat (que les chevaux remontent aussitôt) un mineur aveugle et les premiers mineurs rescapés. Trente-cinq mineurs sont ainsi sauvés. Mais à chaque aller-retour du panier, des mineurs tombent à l'eau et se noient. Les autres, que la montée des eaux affole, se battent pour monter dans le cuffat. Hubert Goffin les exhorte à reprendre leur sang-froid. Entre-temps, l'eau engloutit tout à vive allure et Goffin entraîne 70 de ses hommes vers des galeries plus éloignées et plus élevées [6]. Ils réussissent à atteindre une « montée » à l'abri de l'inondation mais où ils sont bloqués. À la lueur vacillante de quelques chandelles, ils tentent de creuser une tranchée qui débouche sur… une poche de grisou qu'ils referment précipitamment. Le temps passe, l'oxygène se raréfie, le désespoir, le découragement et la folie s'emparent des mineurs qui, assoiffés et affamés, refusent de creuser une autre remontée plus avant. Les plus faibles s'écroulent tandis que les plus violents se battent entre eux.

Hubert Goffin morigène les désespérés en leur rappelant qu'ils doivent mettre tout en oeuvre pour aider la tâche des sauveteurs qui ne manqueront pas de creuser pour les atteindre. Son fils Mathieu, à son tour, incite les infortunés à reprendre le creusement. Malgré l'obscurité régnant désormais, les exhortations et le sang-froid de Goffin ramènent enfin le calme et la reprise du travail. En surface, les travaux de sauvetage s'organisent sous la direction de Lambert Colson, propriétaire du charbonnage, et de l'ingénieur Migneron. Le 4 mars 1812, après cinq jours et cinq nuits, les emmurés entendent bientôt les efforts des sauveteurs. À 2 heures du matin, la communication est établie. Tous les ensevelis survivants sont ramenés au jour par le cuffat.

Hubert Goffin et son fils remontent les derniers…



Enquête et Légion d'honneur



L'ampleur du drame et de ses conséquences suscita de la part des autorités une enquête sur les circonstances de cette inondation catastrophique. Le 25 mars 1812, Cordier, inspecteur divisionnaire des Mines, et Beaunier, ingénieur en chef au Corps impérial des Mines, établirent les causes du drame dans un procès-verbal : imprévoyance due à l'habitude des dangers inhérents à la mine, négligence résultant de l'impunité, témérité inspirée par le désir

de rendement à tout prix, insuffisance de la technicité dans les méthodes d'exploitation et dans les moyens de parer aux dangers [7].

L'Empereur se doutait bien de tout cela, sentant l'urgence de réformes dans le cadre général de la réorganisation industrielle et sociale du pays [8]. Les événements et la personnalité exceptionnelle d'Hubert Goffin offrirent à Napoléon l'occasion de récompenser un acte de vrai courage civil et de dévouement d'un homme vertueux qui faisait l'admiration de tous. Désireux de distinguer l'héroïsme de ce simple soldat du travail, l'Empereur lui décerna la croix de chevalier de la Légion d'honneur le 12 mars 1812 et lui attribua une pension à vie de 600 francs, tandis que son fils Mathieu Goffin put entamer des études aux frais de l'État au lycée impérial de Liège. Ce fut la seule et unique fois sous le Premier Empire qu'un prolétaire devint légionnaire [9].

L'Empereur recommanda au préfet de l'Ourthe, le baron Micoud d'Umons, de procéder rapidement et avec une grande solennité à la réception du nouveau chevalier. Cette cérémonie eut lieu le 22 mars 1812 à l'hôtel de ville de Liège. Le baron d'Umons, après lecture de la lettre du grand chancelier de la Légion d'honneur, Lacépède, accrocha la croix sur la poitrine d'Hubert Goffin, tandis qu'il remettait, au nom de l'Empereur, la somme de 300 francs or (le salaire d'un mineur était d'1,20 franc) à Mathieu Goffin et à trois de ses plus valeureux compagnons.



Le retentissement



L'anxiété et les manifestations de joie de la population d'Ans avaient été à la mesure de la catastrophe. Liège et le département de l'Ourthe furent transportés d'émotion et bientôt, par des journaux comme le Moniteur, les Annales des Mines de France et diverses publications, tout l'Empire et l'Europe apprirent comment l'abnégation d'Hubert Goffin et le courage de son fils avaient contribué à sauver les emmurés de la mine Beaujonc [10].

Le drame suscita bien des élans de générosité en faveur des familles des rescapés. Des listes de souscription circulèrent à travers les municipalités de l'Empire. Les dons affluèrent de la reine Hortense, d'Elisa, grande-duchesse de Toscane, d'Eugène, vice-roi d'Italie, de Duroc, duc de Frioul, du musicien liégeois Grétry, du sénateur de l'Ourthe Monge, etc.

Le courage des Goffin inspira également les artistes. Les peintres J. Bordier du Bignon et Ph.-A. Hennequin immortalisèrent la remise de la Légion d'honneur à Hubert Goffin, tandis que le graveur L. Jehotte illustra Hubert Goffin réconfortant son fils au fond du puits Beaujonc. Un vaudeville historique en deux actes, La mine Beaujonc ou le Dévouement sublime, est créé en 1813 par Morand sur une musique d'Alexandre et dans les décors de Franconi. L'Académie française fit frapper une médaille destinée à l'auteur du meilleur ouvrage en vers relatif au dévouement d'Hubert Goffin et de son fils Mathieu. Le poète Millevoye en fut le lauréat en chantant les hauts faits de « Hubert Goffin ou le héros liégeois » [11].

Cependant, une autre initiative va naître de ce retentissement, celle de la toute première expérience d'une caisse de prévoyance pour les travailleurs.



Ébauche de projet de caisse d'assistance permanente



Depuis longtemps, le préfet Charles Micoud d'Umons, avait déploré à plusieurs reprises le peu d'intérêt manifesté par les propriétaires pour les conditions d'exploitation, la vie des mineurs et leur détresse en cas de perte d'emploi pour cause d'accident. Une situation qui avait interpellé l'ingénieur des Mines Mathieu qui avait déjà esquissé l'idée d'une caisse de secours. Mais c'est Micoud d'Umons qui, en 1811, transmit à Paris le fruit de réflexions plus approfondies : « Les propriétaires ne comptant pour rien la vie de leurs ouvriers ; une loi qui les obligerait à fournir des secours aux veuves et aux enfants serait paternelle, en même temps qu'elle leur deviendrait profitable en ce qu'elle les forcerait à ne permettre que des travaux réguliers et conservateurs » [12]. Dans une lettre du 27 janvier 1812 au comte Laumond, directeur général des Mines, Micoud lui déclare s'en être ouvert à Napoléon lui-même qui l'avait interrogé à ce propos lors de son passage à Liège en 1811.

L'inondation de la mine Beaujonc, ses conséquences dramatiques pour les disparus et l'émotion que souleva le dévouement d'Hubert Goffin, donnèrent à Micoud d'Umons l'occasion, le 2 juillet 1812, de préciser à Montalivet, ministre de l'Intérieur, un projet de caisse permanente de secours : « Notre intention est de profiter de cette circonstance pour réaliser le projet que nous avons tenté jusqu'à ce jour. Lorsque les veuves et les orphelins des mineurs auront été soulagés, l'excédent de fonds provenant de la bienfaisance publique et du produit de ce petit ouvrage [relation de la catastrophe] servira à fonder une caisse de prévoyance et de secours, elle sera ensuite alimentée par une très légère retenue sur les salaires des mineurs qui voudront participer à cet établissement. Les propriétaires des houillères y contribueront aussi par leur sacrifice, chaque semaine, de la valeur d'un panier de houille que les ouvriers extrairont au-delà de leur tâche. » [13].

Pendant l'année 1812 et les premiers mois de 1813, Micoud d'Umons ne cessa d'insister à Paris pour réaliser son projet. Enfin, après analyse, le 26 mai 1813, Napoléon, engagé dans la campagne de Saxe, finit par signer le décret qui va améliorer le sort des ouvriers mineurs victimes de leur travail



Mineur et administrateur…



Ayant obtenu satisfaction, le préfet de l'Ourthe dut veiller sur la laborieuse naissance de son oeuvre, répondant aux campagnes de dénigrement, multipliant les efforts pour recueillir l'adhésion d'un maximum d'ouvriers mineurs à son institution charitable.

Finalement, en application de ce décret, le baron Micoud d'Umons annonça par la presse que la première réunion du conseil d'administration de la Caisse de prévoyance en faveur des ouvriers houilleurs du département de l'Ourthe se tiendrait solennellement à l'hôtel de ville de Liège le 15 juillet 1813, qu'elle serait publique et que les mineurs y étaient invités.

Et comme pour souligner toute l'importance de leur participation, le chef porion à la houillère d'Ans, « Monsieur le chevalier Hubert Goffin », décoré de la Légion d'honneur en récompense de son courage et de son dévouement lors de la catastrophe de la mine Beaujonc, siégea au sein du conseil.

Une fois créée, la caisse fonctionna normalement à la satisfaction de tous tant que dura le régime impérial en Belgique, soit jusqu'à la désorganisation des services en septembre-octobre 1814.

En 1815, le royaume des Pays-Bas, auquel furent rattachés les départements belges, ne manifesta aucun intérêt pour l'entreprise, si ce n'est que le roi Guillaume Ier décernât à Hubert Goffin la croix de chevalier du Lion Belgique.

Il fallut attendre l'indépendance de la Belgique pour qu'en 1837, grâce aux efforts persuasifs du sociologue Visschers, on vit renaître et s'affirmer une caisse de prévoyance pour ouvriers mineurs de la province de Liège…



Goffin périt, comme il avait vécu, avec courage



Il sera dit qu'Hubert Goffin se devait d'avoir une fin tragique à la mesure de sa gloire et à l'image de son courage. Le 8 juillet 1821, faisant appel à sa compétence et bien qu'il soit au repos ce jour-là, la famille Colson le pria de descendre dans la galerie de la houillère du Bois de Saint-Gilles à Sclessin.

Un incendie s'y étant déclaré, Hubert Goffin entreprit de déboucher l'obturation de la galerie que les mineurs avaient pratiquée pour priver le feu d'oxygène. À ce moment, une violente explosion de grisou projeta Hubert Goffin contre la voûte de la galerie et lui fracassa le crâne… Après deux heures d'agonie, Hubert Goffin rejoignit son fils Mathieu décédé un an plus tôt [14]. Aujourd'hui encore, le souvenir de la saga des Goffin et de la première caisse de prévoyance reste bien vivant en pays de Liège. Un monument immortalise Hubert et Mathieu Goffin à Ans depuis 1912 et une rue porte leurs noms.

Petite cause, grands effets, le retentissement du courage d'un humble mineur, honoré par l'Empereur pour l'exemple de ses vertus civiles, a contribué à l'évolution du progrès social.



De son quartier général de Buntzlau, l'Empereur signe le décret impérial numéro 9255 qui sera publié dans le Bulletin des Lois sous le n°504. Ce décret reprend en seize articles les dispositions principales du projet élaboré par Micoud d'Umons (a) :



« Napoléon, Empereur des Français, roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération Suisse, etc., etc.,

« Sur le rapport de notre ministre de l'Intérieur ;

« Voulant donner une preuve de notre sollicitude pour “ceux de nos sujets qui se livrent aux travaux” d'exploitation des mines de notre Empire, et “particulièrement seconder les vues bienfaisantes” des propriétaires exploitant les mines de houille du “département de l'Ourte [sic], en faveur de cette classe” d'ouvriers.

« Notre Conseil d'État entendu,

« Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

« Art. 1. Nous autorisons, en faveur des ouvriers houilleurs du département de l'Ourte [sic], la formation d'une société de prévoyance : l'administration de cette société sera établie dans notre bonne ville de Liège.

« 2. Tous ouvriers et autres employés à l'exploitation des mines de houille dans ce département, seront admis à faire partie de cette société, et à participer aux secours qui seront accordés, en faisant la déclaration qu'ils consentent à une retenue de deux pour cent sur le montant de leur salaire.

« Les maris communs en biens sont autorisés à faire la déclaration pour leurs femmes, les pères pour leurs enfants mineurs, les tuteurs pour leurs pupilles.

« 3. La déclaration ci-dessus prescrite sera faite au maire de la commune où l'ouvrier est employé, dans le délai de trois mois, à dater de la publication du présent décret, et elle portera l'énonciation du montant du salaire.

« 4. Dans le courant du mois suivant, le maire enverra à la commission administrative de la caisse de prévoyance dont il sera parlé ci-après, l'état certifié par lui des ouvriers et employés qui auront fait leur déclaration : cet état fera connaître le montant du salaire de chaque déclarant.

« 5. Passé le délai ci-dessus, nul ne pourra être admis à faire partie de la société de prévoyance que par délibération spéciale de la commission administrative.

« 6. Les fonds de la société de prévoyance se composeront :

« 1o. Des fonds de bienfaisance dont notre ministre de l'Intérieur autorisera l'emploi, d'après la proposition du préfet, et sur le rapport du directeur général des mines.

« 2o. Du produit de la retenue des deux pour cent sur les salaires de tous les ouvriers et employés sociétaires.

« 3o Du produit d'un demi pour cent calculé sur le montant des salaires des ouvriers et employés sociétaires, que les propriétaires des exploitations se sont soumis ou se soumettront à payer, à titre de secours particulier et sans préjudice des dispositions portées à notre décret du 3 janvier 1813 sur la police des mines de l'Empire. […]

« 7. Toute autre retenue sur le salaire des ouvriers et employés est expressément défendue.

« 8. Les propriétaires des exploitations feront eux-mêmes, sur les ouvriers et employés, la retenue de deux pour cent et en verseront le montant de mois en mois, avec le produit du demi pour cent, dont ils sont ou seront chargés, dans la caisse du receveur qui sera nommé, comme ci-dessus, par la commission administrative.

« 9. Jusqu'à l'établissement d'un mont-de-piété dans la ville de Liège, les fonds appartenant à la société seront employés en acquisition de rentes de l'État.

« 10. L'administration de la société de prévoyance est gratuite : elle sera confiée à une commission de dix membres.

« Cinq de ses membres sont inamovibles et cinq sont élus chaque année.

« Les membres inamovibles sont, 1o le préfet du département ; 2o l'évêque diocésain ; 3o le procureur impérial près le tribunal de première instance ; 4o le maire de la ville de Liège ; 5o l'ingénieur en chef des mines et, en son absence, l'ingénieur ordinaire le plus ancien en grade.

« Les membres amovibles sont nommés par les membres inamovibles et pris parmi les sociétaires ; ils seront choisis, un parmi les propriétaires des grandes exploitations, un parmi les directeurs de fosses, deux parmi les maîtres mineurs, et un parmi les ouvriers houilleurs.

« En cas de partage, la voix du président sera prépondérante.

« Les membres amovibles peuvent être réélus.

« 11. La commission nommera un receveur comptable pris hors de son sein.

« 12. La commission se prononcera sur toutes les demandes en admission dans la société de prévoyance.

« Elle déterminera la quotité des secours à accorder et en règlera la durée ; elle fixera la quotité des pensions ;

elle ne pourra jamais anticiper sur les revenus de la société, ni permettre que dans aucun cas, ni sous aucun prétexte, la distribution de ces secours puisse avoir lieu en faveur de personnes étrangères à l'association.

« 13. Elle déterminera le montant du cautionnement à fournir par le receveur comptable et le taux de son traitement.

« 14. Elle fera tous les règlements qu'elle jugera convenables, pour assurer, quand il y aura lieu, le placement des fonds de la société et le paiement exact des sommes qu'elle ordonnancera, pour établir le mode d'une comptabilité régulière, et pour tout ce qui pourra concerner son organisation intérieure, la bonne distribution des secours, et, en général les avantages de la société.

« Elle pourra même, si l'augmentation progressive des fonds et les circonstances le permettent, proposer une diminution sur la retenue de deux pour cent à l'égard des ouvriers et employés sociétaires.

« Ses règlements seront soumis à l'approbation de notre ministre de l'Intérieur.

« 15. Chaque année, la commission rendra publique son compte par la voie de l'impression.

« 16. Notre ministre de l'Intérieur est chargé de l'exécution du présent décret qui sera inséré au Bulletin des lois.

« signé Napoléon / Par l'Empereur / Le Ministre Secrétaire d'État, signé le comte Daru ».



(a) “Héros sans armes, un Belge reçoit la croix des braves”, Annales de l'Empire (revue des Compagnons de l'Empire), no12.

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